Ma vie sous médication. Le témoignage d’Emma, 23 ans.

    Entre errances, perte d’estime de soi et addiction.

    Découvrez l’histoire édifiante d’Emma, diagnostiquée avec un déficit d’attention à l’âge de 9 ans, immédiatement médicalisée, et son combat pour s’en sortir aujourd’hui.

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    Tout a commencé à l’âge de 9 ans. J’avais tendance à discuter beaucoup en classe avec une copine. Ma prof de français, que ça agaçait sans doute, s’est demandé si nous n’avions pas un déficit d’attention. Comme nous avions une psychologue à l’école, il fut vite décidé que j’aille la voir. Je n’étais pas très enthousiaste, et j’aurais voulu que ma mère tienne compte de mon appréhension. Le problème était aussi que ma mère traversait une période difficile suite au divorce de mes parents, elle était dépressive et dormait quasiment toute la journée. Donc pas de soutien à espérer de ce côté-là. Mon père, lui, n’était pas très chaud à l’idée de me donner des médicaments. Mais leur relation s’était tellement dégradée, que même s’il avait voulu s’opposer, ma mère ne l’aurait pas écouté, et aurait sans doute même fait le contraire, juste pour le blesser.

    Je garde un très mauvais souvenir de mes rendez-vous chez cette psychologue. Elle ne m’écoutait pas et était déterminée à me diagnostiquer. Elle voulait me faire rentrer dans une case, et a eu des mots très durs à entendre pour la petite fille que j’étais. Je me suis sentie jugée, cataloguée. « Tu as un problème, tu n’es pas comme tes camarades. Tu es juste très créative et tu es incapable de te concentrer. Mais ce n’est pas de ta faute. » Quel effet pensez-vous que cela a eu sur moi ? J’ai rapidement perdu confiance en moi, et mes relations avec mes amis se sont détériorées, je me suis renfermée. Cet entretien avec la psychologue déboucha sur une médication avec le Conc∈rta, une fois par jour, le matin.

    Mon premier jour sous Conc∈rta ? Je m’en souviens très bien. Ce jour-là, j’ai même presque oublié de boire et j’ai complètement perdu l’appétit. J’étais morte de honte, que dire à mes amies ? J’ai décidé de garder tout ça pour moi. Évidemment, comme je ne me sentais pas bien, mes amies n’arrêtaient pas de s’inquiéter et de me questionner. J’ai dû tout garder pour moi, j’ai esquivé leurs questions et j’ai commencé à ne plus trop leur parler, c’était très difficile à vivre.

    Après quelques semaines et en désespoir de cause,j’ai décidé de ne plus avaler ma pilule de Conc∈rta le matin. Évidemment, en cachette de ma mère.
    Quel changement ! J’ai de nouveau eu faim, j’étais enjouée, joyeuse, et j’ai recommencé à m’amuser avec mes copines. Bref, tout allait de nouveau bien. Jusqu’à ce que ma mère découvre le pot aux roses. On m’a obligée à aller voir le médecin, on a cherché à changer mon dosage et on a décidé que je ne prendrais plus une seule dose de Conc∈rta le matin, mais que j’en prendrais une plus faible, afin d’avoir faim vers midi, puis que je prendrais une nouvelle pilule après manger. Cette deuxième pilule n’était pas du Conc∈rta, mais de la Rιtaline.

    Le problème fut que j’oubliais parfois de prendre la Ritalιne en début d’après-midi, évidemment, je n’étais qu’une enfant et je n’avais pas envie de ressentir l’effet de cette drogue. Quand ceci a été découvert, nous sommes revenus au dosage de base : une dose plus forte de Conc∈rta le matin.

    On m’a demandé mon avis ? Certainement pas, tu prendras ton médicament et c’est comme ça. C’est la période de ma vie que j’appelle « mode zombie ». Vous savez, quand on prend ces drogues, on ne sait plus trop qui on est, on a l’impression de perdre sa personnalité, d’être un robot.

    J’ai maintenant 12 ans, c’est à cet âge que je découvre qu’on peut combiner le Conc∈rta avec d’autres substances. La première fois que j’ai fumé une cigarette, je n’ai rien constaté de particulier, car c’était pendant les vacances, et je ne prenais pas mes médicaments. Mais un jour, j’ai renouvelé l’expérience, alors que j’avais pris du Conc∈rta. Et là, accrochez-vous, je me suis sentie tellement détendue, relaxée, que c’en était irrésistible. Fumer une cigarette sous Conc∈rta est devenu mon obsession.

    Mon rituel du matin, c’est ma pilule de Conc∈rta à 6h. Je me réjouis déjà d’être 7h, car ma première cigarette à l’arrêt de bus, c’est l’extase. Marcher en écoutant de la musique avec l’effet combiné de la cigarette et du Conc∈rta, c’est encore mieux. J’attends ma pause de midi avec impatience, non pas pour manger, mais pour fumer.

    J’ai 14 ans, je fume ½ paquet de cigarettes par jour, et ce sera comme ça tout le reste de ma scolarité.

    Mes résultats scolaires ? Médiocres. Je n’arrive pas à étudier, je rends mes devoirs en retard. Si je peux encourager mes camarades à ne pas travailler, je le fais.

    J’ai 18 ans, je commence l’université. Mes parents me disent : maintenant que tu fais des études par choix et non plus par obligation, nous pouvons arrêter le Conc∈rta. Après bientôt 10 ans, je ne m’en sens pas le courage. Qui vais-je être si je n’en prends plus ? Vais-je arriver à apprendre et à me concentrer suffisamment pour mes études ? En plus, si je ne prends pas ma pilule, je vais tout le temps avoir faim. Ça me stresse de ne pas en prendre ! Vous comprenez, l’effet coupe-faim me permet de garder la ligne.

    Mais le soir, quand l’effet diminue, je me sens triste, seule et déprimée. Alors, un jour, je décide de moi-même d’arrêter. Je n’en parle à personne, je tiens 6 mois.

    Cependant, la période des examens approche, je stresse de nouveau, j’ai peur d’échouer sans mes médicaments. Je téléphone à ma psychologue, j’obtiens une ordonnance et je recommence. Je passe mes examens et m’envole pour les USA où je commence à travailler. Mais comme je suis fatiguée le soir, je décide d’ajouter une Rιtaline l’après-midi. Ça fonctionne, je tiens, je reste dynamique jusqu’à la fin de la journée de travail.  Mais un peu trop dynamique en fait, je n’arrive plus à aller me coucher suffisamment tôt. Que faire ?

    C’est le soir, je bois ma première bière sous Rιtaline. Tout comme la cigarette à l’époque, la combinaison d’une substance comme l’alcool avec le médicament est étonnante : je me sens immédiatement relaxée. Je prends tout de suite confiance en moi, j’ai envie de sociabiliser, génial !

    C’est là que mes problèmes avec l’alcool commencent. En effet, non seulement j’étais détendue, confiante et d’humeur sociable, mais en plus je pouvais aligner les verres de bière sans que cela ne me fatigue ni ne me fasse d’effet désagréable particulier. Donc ce n’était pas une bière que je buvais, mais six, et quand j’ouvrais une bouteille de vin, ce n’était pas un verre,…  la bouteille y passait.

    Pour moi, ces médicaments, en plus d’avoir des effets exaltants combinés à l’alcool, en augmentent la résistance. En fait, sans m’en rendre compte, je faisais comme ces personnes qui combinent drogue et alcool pour tenir jusqu’au bout de la nuit.

    Par exemple, j’ai une cigarette électronique. Quand je ne suis pas sous médicaments, je fume trois bouffées et ça me suffit. Par contre, sous Conc∈rta / Rιtaline, je suis capable de fumer toute la journée, et je n’ai ni mal à la gorge, ni à la tête. J’en oublie même de manger et de boire.

    Un matin, j’ai eu peur. Je me suis vue devenir alcoolique. Alors, comme j’étais aux USA, je me suis inscrit aux Alcooliques Anonymes. Mais je ne m’identifiais pas complètement à leur addiction, je reconnaissais chez eux ma dépendance et mon anxiété, mais pas leur goût immodéré pour la boisson. C’est là que j’ai réalisé que je n’étais pas dépendante à l’alcool, mais bien aux médicaments.

    Et c’est un cercle vicieux. J’ai besoin des médicaments pour pouvoir travailler, être active, dynamique, et j’ai besoin de tabac et d’alcool pour stopper cet effet, me relaxer, me détendre.

    En fait, le Conc∈rta et la Rιtaline me font le même effet que la cocaïne. Ça décuple la confiance en soi, ça désinhibe, et le cerveau est plus efficace. Mais en beaucoup mieux, car si l’effet est moindre, il persiste toute la journée.

    Aujourd’hui, j’ai décidé de m’en sortir. Vers qui me tourner ? J’ai eu de la chance de trouver un psychologue spécialisé en addictions aux drogues. C’est ce qu’il me faut, il m’est difficile de l’admettre, mais j’en suis là. Nous avons commencé par changer le protocole, je ne prends plus la Rιtaline l’après-midi, cela fait ressortir mes angoisses et mes peurs. Il m’aide à les affronter.

    Je sais que je serais capable un jour d’avoir confiance en moi, d’être dynamique, que je suis capable de téléphoner, de travailler, d’aimer la vie. Mais sans ces médicaments.

    C’est un travail énorme, je sais que je dois me contrôler, notamment avec l’alcool. C’est très dur de réaliser que j’ai développé cette dépendance, pour vivre, ou plutôt survivre. Je réalise que je ne sais pas qui je suis, en dehors de mon addiction. C’est ce qui me terrorise le plus, en fait.

    Si j’ai décidé de témoigner aujourd’hui, c’est pour les autres, pour que d’autres parents comprennent les conséquences d’une médicalisation dès le plus jeune âge, et que, peut-être, ils fassent un autre choix pour leurs enfants. Ces médicaments sont une bombe à retardement, car ce sont des psychostimulants analogues aux amphétamines. Vous voilà avertis.

    Attention : témoignage authentique ayant pour but de sensibiliser aux risques inhérents à la prise de psychostimulants chez les jeunes enfants et adolescents. Recueilli et rédigé par Julien Frère, consultant pour la méthode Tomatis®
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    À propos de l’auteur. Julien Frère est consultant pour la méthode Tomatis, il a développé une approche combinant stimulation sensorielle et motrice et nutrition afin d’améliorer la fonction des récepteurs dopaminergiques qui sont en cause chez les personnes ayant un déficit d’attention. Pour obtenir un rendez-vous, merci de passer par la page contact de ce site.